AFEST : comment mettre en place une formation en situation de travail ?

Septembre 2026 10 min de lecture

L'AFEST permet de transformer une situation de travail en situation d'apprentissage. Découvrez ses 4 composantes essentielles et les étapes pour construire une action de formation en situation de travail.

Former directement en situation de travail peut sembler naturel : un salarié réalise une activité, une personne expérimentée lui montre comment faire et l'accompagne progressivement.

Pourtant, une Action de formation en situation de travail (AFEST) ne consiste pas simplement à apprendre « sur le tas ». Il s'agit d'une véritable modalité de formation, organisée autour d'un objectif professionnel et d'un parcours pédagogique structuré.

Pour un organisme de formation ou une entreprise, l'AFEST permet de partir du travail réel pour développer des compétences directement mobilisables dans l'activité professionnelle.

Qu'est-ce qu'une AFEST ?

L'AFEST signifie Action de formation en situation de travail.

Le Code du travail reconnaît qu'une action de formation peut être réalisée, en tout ou partie, en situation de travail.

Mais toute situation de travail n'est pas automatiquement une AFEST. Pour être considérée comme telle, la formation doit être organisée dans une véritable intention pédagogique et respecter plusieurs conditions de mise en œuvre.

Travailler n'est pas automatiquement se former. L'AFEST transforme volontairement une situation professionnelle en situation d'apprentissage.

Quelles sont les 4 composantes essentielles d'une AFEST ?

La réglementation prévoit quatre éléments fondamentaux pour mettre en œuvre une action de formation en situation de travail.

1. Analyser l'activité de travail

La première étape consiste à analyser l'activité qui servira de support à la formation.

L'objectif est d'identifier ce que la personne devra apprendre à réaliser et les compétences qu'elle devra mobiliser.

Cette analyse permet notamment de repérer :

  • les différentes étapes de l'activité ;
  • les compétences mobilisées ;
  • les difficultés susceptibles d'être rencontrées ;
  • les critères permettant de reconnaître un travail réussi ;
  • les situations intéressantes à exploiter pédagogiquement.

L'activité de travail peut, lorsque cela est nécessaire, être adaptée afin de pouvoir être utilisée à des fins pédagogiques.

2. Désigner un formateur pouvant exercer une fonction tutorale

L'apprenant ne doit pas être laissé seul face à la situation professionnelle.

Un formateur pouvant exercer une fonction tutorale doit être désigné préalablement.

Son rôle ne consiste pas seulement à montrer les gestes ou à donner la bonne réponse. Il contribue à organiser le parcours d'apprentissage et à accompagner la personne dans l'analyse de son activité.

Selon l'organisation retenue, cette fonction peut notamment impliquer de :

  • préparer les situations de travail utilisées pour apprendre ;
  • observer la réalisation de l'activité ;
  • questionner l'apprenant sur ses choix ;
  • aider à identifier les réussites et les difficultés ;
  • accompagner la progression ;
  • participer à l'évaluation des acquis.

3. Organiser des phases réflexives

C'est probablement l'une des caractéristiques les plus importantes de l'AFEST.

La mise en situation de travail doit être complétée par des phases réflexives distinctes de l'activité de production.

Pendant ces temps, l'apprenant prend du recul sur ce qu'il vient de réaliser.

Avec l'accompagnement du formateur, il peut notamment analyser :

  • ce qu'il devait réaliser ;
  • la manière dont il s'y est pris ;
  • les difficultés rencontrées ;
  • les écarts entre le résultat attendu et le résultat obtenu ;
  • les connaissances et compétences mobilisées ;
  • ce qu'il pourrait faire différemment lors d'une prochaine situation.

Cette étape permet de transformer l'expérience vécue en apprentissage explicite.

4. Évaluer les acquis

L'AFEST comprend également des évaluations spécifiques des acquis qui jalonnent ou concluent l'action de formation.

Il faut donc définir en amont ce que l'apprenant doit être capable de réaliser et comment sa progression pourra être observée.

Selon la compétence visée, l'évaluation peut notamment s'appuyer sur :

  • l'observation d'une activité professionnelle ;
  • une grille de critères ;
  • la réalisation autonome d'une tâche ;
  • un entretien permettant d'expliciter les choix réalisés ;
  • plusieurs observations réalisées au cours du parcours.

AFEST et formation sur le tas : quelle différence ?

La différence est essentielle.

Dans un apprentissage informel, une personne peut acquérir des compétences simplement en observant ses collègues, en expérimentant ou en répétant une activité.

L'AFEST repose au contraire sur une démarche pédagogique intentionnelle et organisée.

La situation de travail est choisie et analysée, un accompagnement est prévu, des temps réflexifs sont organisés et les acquis sont évalués.

C'est cette structuration qui transforme le travail en véritable situation de formation.

Comment construire une AFEST étape par étape ?

Pour un organisme de formation, la conception peut commencer par une question simple : quelle compétence professionnelle voulons-nous développer ?

Étape 1 : définir l'objectif professionnel

L'objectif doit décrire ce que la personne devra être capable de réaliser à l'issue du parcours.

Un objectif trop général rendra difficile la conception des situations de travail et l'évaluation des acquis.

Étape 2 : choisir les situations de travail pertinentes

Toutes les situations professionnelles ne présentent pas le même intérêt pédagogique.

Il faut sélectionner celles qui permettront réellement de mobiliser et développer les compétences recherchées.

Il convient également de vérifier que les conditions permettent à l'apprenant d'expérimenter sans créer de risque inacceptable pour lui-même, ses collègues, les clients ou l'activité.

Étape 3 : analyser le travail réel

L'analyse ne doit pas uniquement porter sur la procédure théorique. Il est utile d'observer comment l'activité est réellement réalisée.

Deux professionnels expérimentés peuvent parfois obtenir le même résultat en utilisant des méthodes différentes. Ces différences constituent justement une matière intéressante pour comprendre les compétences mobilisées.

Étape 4 : préparer le formateur ou le tuteur

Être expert d'un métier ne signifie pas automatiquement savoir accompagner un apprentissage.

La personne qui exerce la fonction tutorale doit comprendre la logique de l'AFEST et notamment la place du questionnement, de l'observation et des phases réflexives.

L'objectif n'est pas de faire à la place de l'apprenant, mais de l'aider progressivement à comprendre et maîtriser son activité.

Étape 5 : alterner travail et réflexivité

Le parcours peut ensuite être construit autour d'une alternance entre mises en situation et temps de prise de recul.

Par exemple :

  • préparation de la situation ;
  • mise en situation de travail ;
  • observation ;
  • phase réflexive ;
  • nouvelle mise en situation ;
  • nouvelle analyse ;
  • évaluation de la progression.

Cette alternance peut être répétée autant que nécessaire en fonction de l'objectif et de la progression de l'apprenant.

Étape 6 : évaluer et tracer le parcours

L'évaluation permet de vérifier les acquis et la progression.

Pour l'organisme de formation, il est également important de conserver les éléments permettant de retracer le déroulement de l'action.

La traçabilité doit rester utile et proportionnée. L'objectif n'est pas de créer des documents uniquement pour produire des preuves, mais de pouvoir expliquer comment le parcours a été conçu, réalisé et évalué.

Exemple concret d'AFEST

Prenons l'exemple d'un salarié qui doit apprendre à réaliser un contrôle qualité sur une ligne de production.

Une simple formation « sur le tas » pourrait consister à observer un collègue puis à reproduire ses gestes.

Dans une logique AFEST, le parcours serait davantage structuré.

  • L'activité de contrôle qualité est d'abord analysée pour identifier les compétences nécessaires.
  • Une personne est désignée pour accompagner l'apprenant.
  • Une première situation de travail est organisée.
  • Après la réalisation, un temps distinct permet d'analyser ce qui s'est passé.
  • Le formateur questionne l'apprenant sur les critères observés, ses décisions et les éventuelles difficultés.
  • Une nouvelle situation permet ensuite de réinvestir les apprentissages.
  • Les acquis sont finalement évalués à partir de critères définis.

La situation professionnelle devient ainsi le matériau même de l'apprentissage.

Quels sont les avantages de l'AFEST ?

Lorsqu'elle est pertinente et correctement organisée, l'AFEST présente plusieurs intérêts.

  • Apprendre dans le contexte réel : les compétences sont travaillées dans l'environnement où elles devront être mobilisées.
  • Partir du travail réel : la formation peut prendre en compte les contraintes, outils et situations effectivement rencontrés.
  • Individualiser davantage le parcours : les situations peuvent évoluer en fonction de la progression de l'apprenant.
  • Valoriser l'expérience : les professionnels de l'entreprise peuvent contribuer à la transmission et à l'analyse des pratiques.
  • Développer la capacité de réflexion : l'apprenant n'apprend pas seulement quoi faire, mais aussi à analyser sa manière d'agir.

L'AFEST est-elle adaptée à toutes les formations ?

Non. L'AFEST est une modalité pédagogique parmi d'autres.

Elle est particulièrement intéressante lorsque les compétences visées peuvent être développées à partir de situations professionnelles réelles.

Elle sera moins adaptée lorsqu'une mise en situation présente des risques trop importants, lorsque l'activité se produit très rarement ou lorsque les connaissances à acquérir nécessitent d'autres modalités pédagogiques.

Une AFEST peut également être intégrée à un parcours plus large combinant plusieurs modalités de formation.

AFEST et Qualiopi : quels points de vigilance ?

Un organisme certifié Qualiopi qui propose une AFEST doit intégrer cette modalité dans son système qualité comme n'importe quelle autre action de formation.

Il faut notamment veiller à la cohérence entre :

  • l'analyse du besoin ;
  • les objectifs professionnels visés ;
  • le parcours pédagogique proposé ;
  • les moyens humains et techniques mobilisés ;
  • les modalités d'accompagnement ;
  • les évaluations ;
  • les éléments permettant de suivre la réalisation de l'action.

Qualiopi ne crée donc pas une méthode AFEST différente. L'organisme doit simplement être capable de démontrer que cette modalité est conçue, mise en œuvre et évaluée de manière cohérente.

Quelles erreurs éviter lors d'une AFEST ?

Certaines erreurs peuvent faire perdre à la démarche une grande partie de son intérêt pédagogique.

  • Confondre AFEST et observation du poste : regarder un collègue travailler ne constitue pas, à lui seul, un parcours AFEST.
  • Oublier les phases réflexives : elles constituent une composante essentielle de cette modalité de formation.
  • Choisir le tuteur uniquement pour son expertise technique : il doit également pouvoir accompagner l'apprentissage.
  • Ne pas définir les objectifs : sans compétences clairement identifiées, il devient difficile de construire et d'évaluer le parcours.
  • Faire passer la production avant l'apprentissage : la situation professionnelle doit être organisée avec une intention pédagogique.
  • Créer une traçabilité excessive : les documents doivent servir le parcours et permettre d'en démontrer la réalité, pas transformer l'AFEST en usine à papier.

Questions fréquentes sur l'AFEST

AFEST signifie quoi ?

AFEST signifie Action de formation en situation de travail. Il s'agit d'une modalité permettant de réaliser une action de formation en utilisant des situations professionnelles comme support d'apprentissage.

Une AFEST doit-elle obligatoirement comporter une phase réflexive ?

Oui. La mise en place de phases réflexives distinctes des mises en situation de travail fait partie des conditions prévues pour l'AFEST.

Faut-il un formateur pour réaliser une AFEST ?

La réglementation prévoit la désignation préalable d'un formateur pouvant exercer une fonction tutorale. Cette fonction est essentielle pour accompagner le processus d'apprentissage.

L'AFEST peut-elle être utilisée par une petite entreprise ?

Oui, sous réserve que la modalité soit adaptée au besoin et que les conditions nécessaires puissent être organisées. L'AFEST peut justement présenter un intérêt lorsque des compétences très liées au contexte réel de l'entreprise doivent être développées.

Une AFEST peut-elle être financée ?

Une action de formation en situation de travail peut s'inscrire dans différents dispositifs de développement des compétences. Les possibilités et conditions de prise en charge dépendent cependant de la situation, du public, de l'entreprise et du dispositif mobilisé.

Il est donc préférable de vérifier les conditions applicables auprès du financeur concerné avant le démarrage de l'action.

Ce qu'il faut retenir

L'AFEST permet de faire du travail réel un support de développement des compétences. Mais elle ne se résume pas à placer un apprenant à côté d'un professionnel expérimenté.

Sa mise en œuvre repose sur quatre composantes essentielles : l'analyse de l'activité de travail, la désignation d'un formateur pouvant exercer une fonction tutorale, les phases réflexives et l'évaluation des acquis.

Pour un organisme de formation, l'enjeu est donc de construire un véritable parcours pédagogique autour des situations professionnelles, tout en conservant une organisation suffisamment simple pour qu'elle puisse réellement fonctionner sur le terrain.

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